Impossible de résister ! Le luxe débarque en Corée du Nord

Les grandes marques percent les impénétrables frontières de l’un des derniers pays communistes, sans doute le plus fermé au monde extérieur. Une réalité qui n´est pas dénuée de polémique, les médias d´État nord-coréens ont diffusé à plusieurs reprises des images où Ri Sol-ju, l’épouse de l’actuel dirigeant Kim Jong-un, portait une pochette noire de la maison Christian Dior. La première dame n’est pas la seule à craquer pour une grande marque de mode, dans un pays s’opposant fermement au capitalisme et qui connait de forts problèmes socio-économiques parmi sa population. Selon l´Onu, 10,3 millions de Nord-Coréens ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. « J´ai constaté un changement dans la tenue des femmes lors d’une visite en avril 2012, confie Michel Dalard, responsable de marketing de l’agence de voyages Korea Konsult. Leur façon de s’habiller était plus osée qu’il y a quelques années. Certaines filles ont échangé l’uniforme traditionnel contre des pantalons et des blouses qui laissent nu le bas de leur dos. Par ailleurs, issues de la contrefaçon ou non, des hommes et des femmes commencent à porter des pièces de  grandes marques comme Gucci. »

Une tendance encore loin de s’imposer, certes, mais des mini-jupes, des shorts, des talons hauts et des boucles d’oreille se démocratisent progressivement à Pyongyang, la capitale nord-coréenne. Surprenant ? Pas si sûr. Le pays demeure cerné par la mondialisation, et après la mort de l’ancien leader Kim Jong-il en 2011, son héritier Kim Jong-un semble opter pour une nouvelle politique, plus ouverte au monde extérieur… et à la mode. « C’est très compliqué de continuer à ignorer l’extérieur, analyse Pierre Rigoulot, directeur de l’Institut d’histoire social à Paris. Les autorités sont conscientes des problèmes socio-économiques et de l’inconfort de la population. Le changement dans la tenue signifie que les citoyens sont de plus en plus informés de ce qui se passe à l’extérieur… Et qu’ils aimeraient vivre comme ailleurs. »

Tout au long de l’Histoire, la mode a fait figure d’indicateur d’ouverture sociale. « Effectivement, les vêtements sont importants car ils dévoilent une anticipation sociale, constate Frédéric Monneyron, sociologue de la mode. Certains Nord-Coréens sortent de l’uniformisation du costume imposée par le régime communiste et passent à une occidentalisation des vêtements qui pourrait être effectivement un reflet de la société à venir. » Totalitaire, l’État est en principe le seul à fournir des vêtements à la population. Des uniformes avec des couleurs sombres, des coupes rudimentaires, de longues jupes et des chaussures plates, ces tenues contrastent avec les vêtements mode en passe d’arriver dans le pays. Un intérêt pour le monde extérieur qui s’exprime également par la musique et le cinema chinois et surtout sud-coréen,  que l’on acquiert sous forme de contrebande depuis la Chine si on en croit Pierre Rigoulot. « Le gouvernement a le contrôle sur la tenue vestimentaire de son peuple. Mais aujourd’hui, il se veut plus enclin à fermer les yeux, comme si cela ne lui déplaisait pas de montrer que la Corée du Nord change et qu’elle n’est pas si différente des autres pays. »

Au XXIème siècle, il n’y a pas que l’arrivée des grandes marques du textile qui influence la Corée du Nord. L’augmentation du nombre de téléphones portables ou de voitures font dire à Pierre Rigoulot que « l’État montre de petits signes encourageants d’ouverture. » Une ouverture qui commence également à se ressentir dans l’état d’esprit de la population. « Les gens sont devenus plus ouverts. Désormais, ils osent parler aux touristes losqu’ils en ont la possibilité, précise Michel Dalard. Ils sont de plus en plus conscients que l’économie est un facteur social important. »

Des vêtements qui ont indiqué des changements sociaux chez les femmes

  • LE SOUTIEN-GORGE : Breveté par Mary Phelps Jacob en 1914, ce sous-vêtement a libéré les femmes du corset, déjà considéré comme oppressant et non hygiénique au XVIIIème siècle par des philosophes comme Jean-Jacques Rousseau. Plus confortable et facile à porter, il demeure le symbole du féminisme et marque le début de la libération de la femme.
  • LE PANTALON : Dans les années 1960, André Courrèges présente le pantalon comme un vêtement de mode. Il s´impose très rapidement dans les rues, et cette transformation dans la tenue féminine s’est traduit par la montée en puissance de la femme. Le fait de porter le pantalon les a ensuite libéré et permis d’investir des métiers jusqu’alors masculins, car il s’avère plus pratique qu’une jupe pour certains métiers.
  • LA MINI-JUPE : L’identité de son créateur fait toujours débat : Mary Quant ou André Courrèges ? Pour Frédéric Monneyron la réponse est claire : ce seraient les femmes qui, depuis les années 1920, commencent à raccourcir les robes jusqu´à donner la mini-jupe 40 ans plus tard. Imprégnée d’une connotation érotique, elle collait bien avec la révolution sexuelle déclenchée à cette époque. C’est toutefois probablement Mary Quant qui popularise la mini-jupe dans ce contexte.

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