La ruée vers l’os dans le désert marocain

Le Sud-Est du Maroc est reconnu comme le plus grand musée de fossiles à ciel ouvert au monde. Dans le Sahara, deux tiers des familles vivent de leur extraction et de leur vente, pour la plupart du temps vers l’étranger. L’État tente de protéger ce patrimoine préhistorique.

En 2017, le Maroc a bloqué la vente aux enchères à Paris d’un énorme squelette de plésiosaure dont le prix de départ avait été fixé à 450 000 €. Si le Gouvernement marocain ignore comment ce précieux vestige, vieux de 66 millions d’années, a pu quitter son territoire, il se trouve que le pays est l’un des plus gros exportateurs de fossiles au monde, sans que le secteur soit pourtant réglementé. Au sud-est du Maroc, deux tiers des familles subsahariennes vivent depuis 40 ans de l’extraction de fossiles et d’ossements de dinosaures, ainsi que du ramassage de météorites, dans des mines sans permis. Les localités sont plongées dans la poussière, car nombre d’artisans travaillent au polissage des fossiles à même la rue. Ils les transforment également en petits objets décoratifs comme des cendriers, des pendentifs, des assiettes ou des vases. Une usine réalise des objets de plus grande envergure : tables, fontaines, plaques sculptées… Tout est discrètement amené vers l’étranger où les pièces atteignent des dizaines de milliers d’euros.

Les lieux attirent des grossistes, des collectionneurs et encore des chercheurs internationaux. Ces derniers paient une taxe aux locaux pour avoir le droit de fouiller et, grâce à ce commerce, ils ont pu recenser dans la région près d’un millier d’espèces nouvelles d’invertébrés paléozoïques. Plusieurs musées d’histoire naturelle, comme celui de l’Université de Yale s’approvisionnent ici en pièces paléontologiques uniques qu’ils achètent à bas prix aux locaux. Quelques Japonais, Italiens et Français s’y sont installés pour servir d’intermédiaire avec l’étranger. Ils sont en concurrence avec des Marocains très rodés et connectés. Cependant, le pays tente à présent de protéger son patrimoine. Le Gouvernement travaille avec l’Association pour la Protection du Patrimoine Géologique du Maroc afin de développer une loi qui régule les permis d’extraction et de vente, les droits des travailleurs locaux et la création de musées publiques dans la région.

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