Gentrification : récit d’un immeuble parisien

Depuis 32 ans, Nora habite un immeuble du 18ème arrondissement, à proximité de la mairie, où elle a élevé ses deux enfants. Il y a deux ans, cette femme de ménage algérienne de 62 ans a reçu une lettre bouleversante : son propriétaire rencontrerait des problèmes avec la Justice et l’État procéderait à la vente par adjudication de l’appartement qu’elle loue. Si le lot était explicitement vendu occupé, le nouveau propriétaire – une agence immobilière – clame devant la Justice qu’il s’agit en réalité d’un squat. Les quittances de loyer, le contrat avec son ancien propriétaire, les factures de téléphone et d’électricité de Nora ne servent à rien. Pour l’agence immobilière, elle n’est pas une locataire mais une squatteuse. Après des mois de querelles judiciaires, la Justice donne raison au nouveau propriétaire de ce petit appartement de 20m2 : Nora est une squatteuse et doit quitter son foyer après une trentaine d’années passées ici.

Alors qu’il était précisé qu’elle pourrait rester jusqu’à fin septembre, le 1er août, la police débarque chez Nora et procède à l’expulsion. Le cauchemar se poursuit : où s’installer ? Elle survit avec un SMIC et les prix des loyers dans son quartier ont explosé, atteignant jusqu’à 1 000 € par mois pour une petite surface.

Une opportunité s’ouvre dans son propre immeuble : une propriétaire proche de Nora vient d’expulser elle-même une famille de six personnes qui occupaient un lot de 30m2 pour 600 € par mois. Les raisons de cette expulsion sont différentes, car la vie des voisins était devenue un cauchemar en matière d’hygiène. La famille se trouvait à l’origine d’une importante infestation de cafards dans l’immeuble. Lorsque les locataires partent, l’état des lieux s’avère déplorable. Les travaux pour rendre à nouveau l’appartement habitable sont estimés à plus de 7 500 €. Mais pour pouvoir reprendre le bail, Nora doit s’engager par écrit à prendre en charge la totalité des coûts. En attendant, elle voit affiché devant la vitrine de l’agence immobilière ce qui fut son foyer pendant 32 ans et dont le prix à la vente annoncé triple celui de l’achat par adjudication.

Comme Nora, trois autres locataires ont suivi ce même sort, puisque dans sa rue cette agence immobilière a acquis trois autres appartements par adjudication pour lesquels elle a également ordonné l’expulsion des locataires. Dans ce quartier de Paris qui se gentrifrie à grands pas, le prix de ces studios achetés par adjudication à 50 000 € peut atteindre sur le marché jusqu’à 200 000 €.

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