Ces Espagnols qui s’opposent à la Loi sur la mémoire historique

À 60 ans, María n’a pas oublié les membres de sa famille assassinés pendant la guerre (1936- 39). Ils se sont battus pour la République et leur mort reste impunie. Cependant, María s’oppose à la Loi sur la mémoire historique (2007) que le nouveau Gouvernement du socialiste Pedro Sánchez veut reformer. À l’instar d’autres compatriotes, María considère que cette dernière rouvre les blessures de la guerre et empêche le pays d’avancer démocratiquement.

En mars 2018, lorsque les conservateurs étaient encore à la tête du Gouvernement, le Parti Socialiste espagnol avait déposé une proposition de réforme qui mettait la poudre au feu. Plus de 150 intellectuels, historiens, écrivains et politiciens – de droite comme de gauche, comme le socialiste Joaquín Leguina – ont signé un manifeste de contestation. Pour eux, la reforme veut réécrire l’histoire et impose une pensée unique, car le Gouvernement n’est intéressé que dans l’exhumation des fosses communes où reposaient les victimes du franquisme. Il est pourtant moins insistant pour s’occuper de celles où on a enterré les victimes des républicains, comme la fosse située dans la mine de Camuñas, située au centre du pays. Il semble également oublier les lieux où reposent les gauchistes tués par les agents de Staline en Espagne, comme le syndicaliste Andreu Nin.

Les 150 intellectuels qualifient cette réforme d’anticonstitutionnelle, puisque toute personne encourageant des pensées historiques différentes à celle du Gouvernement encourra désormais des sanctions. La chasse aux symboles franquistes devient parfois une chasse aux sorcières, où l’on supprime de l’histoire toute personne soupçonnée proche du franquisme. C’est le cas de Juan de la Cierva, inventeur du premier prototype d’hélicoptère, dont l’ensemble des rues portant son nom ont été renommées.

L’Espagne est encore une démocratie jeune et sa stabilité politique pourrait être désormais menacée. Le pays est le second lieu au monde comptant le plus gros nombre de disparus après le Cambodge. Il faudra en effet exhumer les 2 500 fosses communes identifiées, mais il est difficile de tourner la page de la guerre sans en construire l’histoire ensemble.

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